1. | Psychose | 1960 |
2. | L'Ombre d'un doute | 1943 |
3. | Mais qui a tué Harry ? | 1955 |
4. | Frenzy | 1972 |
5. | Sueurs froides | 1958 |
6. | L'Homme qui en savait trop | 1956 |
7. | Le Rideau déchiré | 1966 |
8. | Cinquième Colonne | 1942 |
9. | Fenêtre sur cour | 1954 |
10. | L'Étau | 1969 |
11. | Complot de famille | 1976 |
12. | La Corde | 1948 |
13. | Pas de printemps pour Marnie | 1964 |
14. | Les Oiseaux | 1963 |
Psycho
En début d'après-midi d'un vendredi de décembre, Marion Crane (Janet Leigh) et Sam Loomis (John Gavin) se retrouvent à l'insu de leur entourage dans une chambre de l'Adam's Hotel, à Phoenix (Arizona). Divorcé, Sam doit verser une pension alimentaire à son ex-femme, il doit aussi éponger les dettes de son père, et ne possède qu'un petit commerce de quincaillerie. La situation financière des deux amants ne leur permet pas d'envisager le mariage : il ne peut garantir une vie suffisamment aisée à Marion, secrétaire, qui supporte de plus en plus mal cet amour se limitant à des rencontres furtives.
De retour au bureau, Marion assiste à une transaction immobilière entre un riche client texan, Tom Cassidy (Frank Albertson), et son patron, George Lowery (Vaughn Taylor), qui la charge de déposer à la banque les 40 000 dollars. Conservant la somme confiée, et rentrant chez elle au lieu de passer à la banque, elle fait ses valises et quitte la ville, en voiture, pour rejoindre, Sam, à Fairvale avec l'argent.
Ayant roulé plusieurs heures jusqu'après la tombée du jour, elle s’arrête sur le bas-côté pour passer la nuit dans son véhicule. Elle est réveillée par un policier qui contrôle ses papiers, lui rappelle qu'il est dangereux de dormir ainsi en bord de route et lui conseille à l'avenir de chercher un motel. Intrigué par la nervosité de la jeune femme, il relève le numéro d'immatriculation, et décide de la filer. À l'étape suivante, Marion change de voiture, par prudence. Elle paie en espèces les 700 dollars demandés, surprenant le vendeur par son empressement. Elle remarque que son échange de véhicule est observé de loin par le policier. Ayant repris la route, elle décide de faire halte dans un motel pour y passer la nuit puisque s'abat une violente pluie d'orage. Marion est l'unique cliente du motel tenu par Norman Bates (Anthony Perkins) et sa mère.
Norman attribue à Marion une chambre voisine de son bureau puis, manifestement sous le charme de la jeune femme, l'invite à partager avec lui un repas frugal puisqu'il n'y a pas de restaurant à proximité immédiate. Marion, fatiguée par le stress et les kilomètres au volant, accepte et, alors que Norman l'a laissée pour préparer à manger dans la maison qui se dresse en surplomb du motel, elle perçoit dans la nuit des éclats de voix : Norman se dispute avec sa mère qui voit d'un mauvais œil ce tête-à-tête de son fils avec une femme. Revenant avec le repas, il lui demande d’excuser sa mère « qui est malade » et parle de lui, de son hobby, la taxidermie. Norman vit manifestement sous la coupe de sa mère, et cette discussion fait prendre conscience à Marion que sa propre fuite n'est pas une solution. De retour dans sa chambre, Marion envisage de rembourser son patron, et elle se déshabille pour prendre une douche, alors que Norman l'observe depuis son bureau par un trou pratiqué dans le mur.
Une vieille femme, dont la silhouette est estompée par le rideau ou l'eau jaillissant de la pomme de la douche, surgit brusquement et frappe mortellement Marion à coups de couteau avant de disparaître. Norman, horrifié, fait la découverte du meurtre commis par sa mère mais nettoie la douche et élimine avec soin les traces du crime et du passage de Marion. Il regroupe toutes les affaires de celle-ci, y compris, sans le savoir, l'argent volé dissimulé dans un journal. Il immerge ensuite la voiture de la jeune femme, avec le corps, dans un marais proche.
Peu après, Lila (Vera Miles), préoccupée par le silence de sa sœur, contacte l'amant de celle-ci, Sam Loomis, que ne tarde pas à rencontrer aussi le détective privé, Arbogast (Martin Balsam), engagé par le patron pour retrouver ses 40 000 dollars. Arbogast, ayant mis hors de cause Sam et Lila dans la disparition de Marion et de l'argent, enquête systématiquement auprès des hôtels de la région. Au motel des Bates, les déclarations contradictoires de Norman le rendent soupçonneux. Le jeune homme lui cachant de toute évidence quelque chose, il lui demande de pouvoir rencontrer sa mère, ce qui lui est vigoureusement refusé. Après avoir averti Lila, d'une cabine téléphonique, que le comportement de Bates l'intrigue, Arbogast revient sur place en se faufilant jusque dans la maison. La vieille femme le surprend alors en haut sur le palier. L'enquêteur trop curieux, assailli au poignard, dévale l'escalier et meurt. Norman arrive et procède à nouveau au « nettoyage » des lieux.
Lila et Sam attendent en vain un nouvel appel du détective et finissent par alerter la police locale. Le shérif Chambers (John McIntire) les informe que Madame Bates repose au cimetière depuis dix ans pour cause de suicide après avoir empoisonné son amant. Décidés à lever tous ces mystères, ils se présentent au motel de Norman comme clients pour y prendre une chambre. Alors que Sam accapare Norman et détourne son attention, Lila part en inspection dans la maison. Mais la conversation entre les deux jeunes hommes s'envenime, Norman s'impatiente et finit par se rendre compte que cela fait un moment qu'il n'a pas vu la jeune femme. Flairant le danger, il assomme Sam et fonce vers la maison. Lila le voit accourir et se réfugie dans la cave, où elle découvre le cadavre momifié de madame Bates installé sur une chaise. Norman, déguisé en vieille femme, surgit alors de l'ombre en brandissant un couteau pour frapper Lila. Sam, qui entre temps avait repris connaissance, se précipite pour maîtriser le meurtrier.
Au poste de police, un psychiatre, le docteur Richmond (Simon Oakland), explique longuement la schizophrénie de Norman Bates, alors que ce dernier est assis dans sa cellule à dialoguer avec sa « voix intérieure », et que, à quelques kilomètres de là, on extrait du marais la voiture de Marion.
Au moment de La Mort aux trousses en 1959, Alfred Hitchcock n'avait aucune idée de ce qu'allait être son prochain scénario. À la fin du tournage, au moment de la préparation de la post-production, le réalisateur lisait la rubrique « Livres » du New York Times pendant le week-end. Lui et son assistante, Peggy Robertson, virent une excellente critique de Boucher sur le livre Psycho. Le metteur en scène demanda à Paramount Pictures un synopsis du livre, mais le studio n'en avait pas rédigé. En partant pour l'Angleterre, il vit à l'aéroport, sur les étagères, le livre Psycho, l'acheta et le lut dans l'avion. Il appela sa secrétaire de Londres pour dire : « Je tiens notre prochain sujet, Psycho[5]. ». L'agent de la MCA, Ned Brown, acheta les droits pour 9 000 dollars[4]. Le réalisateur voulait le film en noir et blanc, parce que la couleur le rendrait trop sanglant, et qu'il coûterait ainsi moins d'un million de dollars en utilisant l'équipe d'Alfred Hitchcock présente[6],[7],[8].
Entre le printemps et l'été 1959, Hitchcock commença à travailler sur sa « petite production ». Muni des livres et des notes du metteur en scène, le scénariste James Cavanagh, qui avait écrit plusieurs épisodes de la série Alfred Hitchcock présente, se mit à l'ouvrage pour rendre en août[4] une ébauche terminée, dont le réalisateur prit connaissance. C'était très ennuyeux, selon Peggy Robertson. « Peut-on imaginer un scénario banal fondé sur l'histoire de Psychose ? Il n'y avait rien de spécial. Donc on a décidé qu'il fallait un autre scénariste. »
Il fallut donc engager un autre scénariste. Hitchcock pensait à Ned Brown qui suggéra lui-même Joseph Stefano[4],[9],[10].
Le jeune scénariste Stefano n'avait écrit que deux films avant Psychose (Anna in Brooklyn de Vittorio De Sica ainsi que L'Orchidée Noire de Martin Witt avec Sophia Loren et Anthony Quinn, tous deux sortis en 1958), mais le réalisateur n'était pas particulièrement impressionné. Brown, son agent, insista tout de même et Hitchcock céda. Le scénariste réussit à le convaincre qu'il pouvait écrire le film.
Pour le jeune homme, la meilleure façon était de l'intéresser à sa propre vision de l'histoire, tout en apportant une solution au problème de l'intrigue : la mère de ce garçon est morte et il faut garder cette information secrète. Il eut l'idée d'introduire Marion, une jolie jeune femme qui a une liaison désastreuse avec un homme qui ne peut l'épouser. De retour au bureau, elle a entre les mains une importante somme d'argent liquide qu'elle décide de voler, dans un moment de folie. Elle prend la route, se perd sous la pluie, tombe sur le motel et y entre. Elle parle au jeune homme qui tient le motel et se rend compte qu'il est pris au piège comme elle et qu'elle doit pouvoir s'en sortir en rendant l'argent. Elle s'y décide, ce qui la soulage, et prend une douche purificatrice. Mais quelqu'un entre et la tue. À ce moment-là, Hitchcock a dit : « On pourrait donner ce rôle à une star. » Stefano était engagé car Hitchcock avait aimé sa présentation du film. « Il appréciait que l'histoire démarre avec elle, puis qu'on horrifie le public pour ensuite recentrer l'histoire sur lui. »
Hitchcock l'apprécia immédiatement et, contrairement à son habitude d'embaucher à la semaine, loua ses services tout au long des trois mois que prit la production.
Le scénariste et le réalisateur se voyaient quotidiennement - mais rarement avant 11 heures : Stefano, comme beaucoup d'Américains à l'époque, était encore novice[11]. Coup de chance, la connaissance des théories psychanalytiques du scénariste s'avéra bénéfique pour l'écriture du scénario[11].
Le point de départ imaginé par Stefano était bon et ses idées convainquirent le réalisateur[11]. Un écrivain plus expérimenté n'aurait pas eu l'audace d'une telle scène[12].
Hitchcock aimait le répéter : « À partir du moment où vous faites appel à une star, vous compromettez largement vos intentions légales[4],[13] ». Pour Psychose, Hitchcock n'avait ni l'intention, ni encore moins les moyens financiers d'engager des célébrités de Hollywood. Il n'en reste pas moins que ses choix furent aussi étonnants qu'inspirés.
Dans le roman de Robert Bloch, Norman Bates est un homme entre deux âges, obèse et alcoolique. Stefano proposa un Norman plus jeune, svelte et vulnérable. Anthony Perkins alors âgé de 27 ans, aux allures d'idole des jeunes, allait s'avérer l'acteur parfait. De plus, Perkins devait un rôle à la Paramount Pictures et put être embauché pour 40 000 $[4]. L'acteur décrira l'expérience comme le plus grand pari de sa carrière. Pari qui s'avèrera à la fois gagné et perdu. Son interprétation était si brillante qu'elle le « catalogua » et que sa carrière perdit de son élan.
Pour le rôle de Marion Crane, Hitchcock cherchait la plus brillante star que ses moyens lui permettraient d'obtenir. Il savait que plus l'actrice serait connue, plus la disparition précoce de son personnage allait produire d'effet. Et le choix de Janet Leigh allait s'avérer aussi surprenant que celui d'Anthony Perkins. Hitchcock lui envoya le livre de Bloch accompagné d'une note l'informant que le personnage « serait amélioré ». Le réalisateur en profita pour changer le prénom du personnage de Mary en Marion[4]. Leigh fut alors invitée à déjeuner chez Hitchcock, à Bellagio Road. Elle put y découvrir les méthodes de travail du maître. « Il esquissait son plan de travail » se rappellera-t-elle. « Le cadrage et l'image de chaque scène étaient préalablement déterminés, et soigneusement planifiés avant même le début du tournage. Il ne pouvait y avoir aucun écart. Son art était absolu[14],[15] ».
L'amant de Marion, Sam Loomis, était joué par John Gavin, que Stefano avait repéré dans Le Temps d'aimer et le Temps de mourir de Douglas Sirk[16], et sa sœur Lila Crane par Vera Miles. L'actrice avait déjà joué dans Le Faux Coupable d'Hitchcock. Le réalisateur avait eu l'ambition de la faire devenir une star avec un rôle dans Sueurs froides, auquel elle avait renoncé en raison de sa grossesse d'alors[17],[18].
Hitchcock avait la mainmise sur tous les aspects du film[4]. Il participa même au choix des costumes, insistant pour que Janet Leigh porte de « la laine de haute qualité[4]. Parce que cela capte si joliment la lumière[19] ». Le réalisateur alla jusqu'à choisir les sous-vêtements de son actrice pour la scène d'ouverture, précisant : « il faut que les sous-vêtements soient identifiables pour un grand nombre de femmes dans le pays[20] ».
Durant la première semaine de novembre, l'équipe se mit à explorer les terrains des studios Universal Pictures, à la recherche de maisons satisfaisantes. Elle découvrit bientôt ce qui allait devenir ce qu'Hitchcock appelait le « gothique américain[21] ». La maison devait s'inspirer d'un mélange de House oby the Railroad, du peintre Edward Hopper, et de la maison de la famille Adams dans le dessin animé de Charles Adams[21].
Hitchcock était méticuleux[22]. Durant la pré-production, il envoya des photographes prendre des vues de Phoenix, de ses habitants, de ses hôtels, de son commissariat, de son concessionnaire de voitures d'occasion et de la route entre Phoenix et Fairvale[23]. Il alla jusqu'à rencontrer des femmes susceptibles de ressembler au personnage de Marion Crane, afin de photographier leur chambre, leurs vêtements et leurs bagages[20].
Il fallait faire un film doté d'un réalisme auquel le public pourrait réellement adhérer[24]. Hitchcock semblait se nourrir des détails, comme s'il prenait plus de plaisir dans le travail de la pré-production que dans toute autre partie de la réalisation[24].
Le tournage débuta le 30 novembre 1959, et, dès le début, le réalisateur imposa un silence strict sur la composition des décors, demandant à l'équipe de garder le secret absolu[25]. Il supprima même toute présentation du synopsis au public[25]. Mais, il arrangea certaines séances photographiques impromptues et, durant tout le tournage, se servit d'un fauteuil de réalisateur au nom de « Madame Bates[24] ».
Lors de la réalisation, Hitchcock était d'un tel sérieux que son autorité fut incontestée[24]. Avec ses manières rigoureuses et classiques, Hitchcock portait invariablement un costume sombre[26],[27],[28]. Toute l'équipe de tournage l'imita en s'habillant de la même manière, ce qui allait donner au tournage une atmosphère très « old fashioned[24],[25],[29] ».
Les moins familiers avec les méthodes de travail d'Hitchcock le trouvaient fréquemment ennuyé ou distrait sur le tournage[30]. Mais son maintien en retrait tenait au fait qu'ayant tout planifié avec tant de précision il ne lui restait plus qu'à regarder le film se faire[30]. En travaillant avec des gens qu'il appréciait, Hitchcock pouvait pourtant être atrocement drôle[4],[29],[31],[32].
Le tournage de la mort de Marion Crane se fit en sept jours et 70 prises différentes pour seulement 45 secondes de plans rapidement enchaînés[29],[33]. On avait rarement vu une scène d'un tel impact. Le meurtre de Marion Crane n'était pas seulement une scène pivot pour la cohérence de Psychose, il allait donner à Hitchcock le rang de maître[34]. Elle coûta 62 000 dollars[4].
Hitchcock répétait souvent qu'il dirigeait le tournage avant de diriger son public[29]. Et c'est bien ce qu'il fit dans la salle de bains blanche du Bates Motel. L'intention est de souligner le voyeurisme face à cette femme séduisante, nue sous la douche ; l'accent est mis sur l'effrayant couteau et le sang qui gicle. La vraie force de Psychose, sa véritable horreur, repose sur la manière dont Hitchcock tue l'émotion du public[4],[29].
Le meurtre a été tourné la semaine précédant Noël, ce qui, pour Janet Leigh, ajoutait à la scène une dimension surnaturelle. « Durant la journée, j'étais dans l'angoisse d'être poignardée à mort, et le soir j'emballais les cadeaux de Noël pour les enfants[4],[35] ».
La scène de la douche, à l'origine, n'était pas découpée en plusieurs plans, comme dans la version finale. Il n'y avait pas de story-board précis. Stefano avait simplement décrit le fait qu'elle entrait dans la douche et que quelqu'un venait la tuer à coups de couteau. Dans le livre, l'héroïne est décapitée. La description du meurtre était suffisamment détaillée pour dissiper le moindre doute concernant la tête de Janet Leigh. « De plus, je doute qu'Hitchcock ait imaginé une chose pareille. » se rappelle-t-il. Hitchcock chargea Saul Bass de concevoir un story-board pour la scène.
La scène de douche fut tournée sur un plateau qui ne faisait pas plus de 15 mètres carrés[36]. « La scène de la douche m'a pris un tiers du temps de tournage. J'ai travaillé trois semaines sur le film et la scène de la douche a pris sept jours complets. Sept jours de tournage, une large part de mon travail » déclare Janet Leigh[29].
Pour cette scène, un mannequin fut engagé pour plusieurs raisons[4],[37]. D'une part, l'équipe devait mesurer le débit d'eau et l'épaisseur du rideau afin de déterminer si l'on pouvait voir l'héroïne nue. Sans avoir une personne nue, il est impossible de savoir quand couper la scène[29]. « Si on ne la voit pas vraiment, on croit voir quelque chose mais c'est faux » selon Leigh[29].
— Janet Leigh, "The Making of 'Psycho'"
Pour créer le bruit des coups de couteau, l'accessoiriste a utilisé des melons[4],[29],[38],[39]. Hitchcock n'avait pas besoin de regarder. Il savait exactement de quelle variété il s'agissait[29]. Pour le sang, il y eut de nombreux essais avant le tournage[36]. Jack Barron et Bob Dawn, les maquilleurs ont dû mesurer la viscosité du sang. Le film étant en noir et blanc, la couleur importait peu[36]. Mais il fallait la bonne viscosité. Ils ont testé plusieurs composants, comme le sang de cinéma, qui était alors utilisé dans les films en noir et blanc. Ils ont ensuite essayé le ketchup et puis le coulis de chocolat, qui a été retenu[4],[29].
Un des plans de cette scène n'a jamais été utilisé. « C'était pourtant l'un des plans les plus marquants que j'aie jamais vus. Il y avait quelque chose de tragique à voir cette femme somptueuse ainsi inanimée. » déclare Stefano. La caméra remonte et on voit la jeune fille allongée au sol, les fesses nues. Plusieurs personnes émirent des protestations, et en fin de compte, Hitchcock ne voyait pas l'utilité de ce plan.
Le plan le plus difficile techniquement est celui du gros plan sur l'œil de Janet Leigh, où la caméra s'éloigne lentement. À l'époque, la mise au point automatique n'existait pas. Quand la caméra s'éloignait, il fallait faire le point à la main, tout au long, ce qui était très difficile. Le plus dur pour l'actrice était de garder un regard vitreux, de rester sans ciller. « En plus, l'eau me coulait dessus, et les gouttes d'eau me chatouillaient ! C'était un vrai calvaire. Comme une démangeaison qu'on ne peut soulager. » déclare-t-elle. Cette dernière dément également que, contrairement à ce qu'ils affirment durant la visite des studios Universal Pictures, Hitchcock s'amusait à faire couler de l'eau froide pour la faire crier. Le réalisateur était tellement soucieux du confort de Leigh, de la température de l'eau, que ça a presque causé des problèmes.
Anthony Perkins était à New York au moment du tournage de cette scène[36]. Virginia Gregg le remplaça pour le rôle de la mère. Elle l'interprétera d'ailleurs dans les suites de Psychose[40].
En tant que seul autre moment violent du film, la scène devait être réalisée avec un maximum d'impact[4]. Mais il était également crucial de ne pas dévoiler l'identité de l'agresseur. De subtiles prises de vue allaient permettre d'atteindre ces deux objectifs. Hitchcock tricha aussi légèrement[4]. Pour le rôle de la mère, il fit également appel à Mitzi Koestner, qui mesurait environ 1,50 m et devait renforcer la confusion sur l'identité de Mme Bates. L'objectif était de causer un choc maximum, tout en laissant planer le doute sur l'identité du meurtrier[4]. Pour obtenir cet effet, la scène est en partie filmée d'un point de vue très haut placé, en plongée sur Arbogast et son agresseur. Cette technique occultait les caractéristiques du tueur sans laisser penser au public que c'était là l'intention du réalisateur. Pour parfaire la séquence de la chute, Hitchcock installa la caméra sur des rails de travelling et filma l'escalier en descendant. Arbogast n'avait plus qu'à être filmé assis devant un écran transparent, agitant les bras pour signifier la perte d'équilibre. La vue de l'escalier était alors diffusée sur l'écran et les deux images combinées pour créer l'effet voulu. Hitchcock explique sa méthode de tournage à François Truffaut[41] :
— Alfred Hitchcock, "Hitchcock/Truffaut"
Une fois qu'Arbogast eut rejoint le marécage servant de tombe à Marion Crane, le film allait rapidement atteindre son dénouement. Sam et Lila se rendent alors au Bates Motel, déterminés à découvrir la vérité. Durant la joute verbale qui oppose Sam et Norman dans le bureau, Lila suit le chemin d'Arbogast et pénètre dans la demeure interdite. Le public s'attend alors à une nouvelle attaque. Et lorsque Norman finit par assommer Sam à l'aide d'un vase pour courir vers la maison, on croit encore que c'est pour sauver Lila - pas pour l'agresser[13].
Quand Lila finit par descendre dans la cave et se retrouve nez à nez avec le cadavre, le choc est immense. Au moment où l'identité du tueur se précise dans l'esprit du public, les violons se remettent à geindre et la folie de Norman Bates est enfin dévoilée.
L'apparition finale de la mère est un témoignage du génie hitchcockien[4]. Ce n'en fut pas moins une gageure à réaliser[4], car il a fallu installer un mécanisme sous la chaise de la mère. L'accessoiriste devait s'allonger pour faire tourner les roues à l'envers afin que l'on découvre la mère au moment crucial. Ça a pris quelques longues soirées de répétition, car il n'y en avait aucune durant le tournage.
— Janet Leigh, The Making of Psycho
La scène — et le cadavre — prenaient vie grâce au jeu d'ombre et de lumière sur les orbites décharnées, produit par le balancement de l'ampoule bousculée par Lila terrorisée[42]. Hitchcock hésitait sur la fin. Il se demandait si le film devait se terminer là, ou comporter une scène supplémentaire qui donnerait l'explication complète[43]. Sur les conseils de Stefano, il choisit l'explication pour le public[43]. Il demanda à Simon Oakland de jouer le Dr Richman, un psychiatre, qui, avec dextérité, dresse un fulgurant portrait de la psychose de Norman Bates. Aujourd'hui, cette scène est considérée comme trop longue, parfois ennuyeuse. C'est pour cette raison que Joseph Stefano la raccourcit pour le remake.
À la fin de l'intervention du psychiatre, la caméra nous transporte dans la cellule où se trouve Norman, enroulé dans une couverture. L'expression du visage de l'acteur rend parfaitement les tourments maladifs du personnage. Alors que la caméra s'attarde une dernière fois sur son regard brillant, la voix de la mère se fait entendre, pleine de réprimandes et de méchanceté. Son esprit n'abrite plus « deux personnalités ». Norman a disparu. Seule reste la mère[43]. Sur la dernière image, Hitchcock superpose le visage de Norman au crâne de sa mère, l'effet obtenu effrayant une dernière fois le spectateur.
Au regard du scénario de Psychose, Hitchcock pensait utiliser une bande sonore minimaliste - une méthode qu'il allait mener à bien sur son film suivant, Les Oiseaux[44]. Surtout, le réalisateur ne voulait pas de musique pour la scène de la douche[45],[46],[47].
Mais le compositeur Bernard Herrmann, qui avait travaillé sur les cinq films précédents d'Hitchcock, suivit sa propre inspiration et écrivit une partition pour un ensemble à cordes[45]. Jamais auparavant une musique de film n'avait été composée seulement de cordes[45]. Avec les sons stridents des violons et violoncelles, il réussit à rendre l'ambiance douloureuse et détraquée qui annonce les terribles meurtres du Bates Motel[45]. Hitchcock s'en montra si satisfait qu'il doubla le salaire d'Herrmann[4],[48],[49].
Après avoir écouté une première fois, Hitchcock était très enthousiaste[50]. Seulement, il suggéra à Herrmann, au moment où Vera Miles descend dans la cave et voit la momie de la mère, de répéter « ce merveilleux thème de la douche avec les violons[50] ». Le compositeur approuva totalement Hitchcock[50].
Psychose a beau être un film à petit budget, il n'en est pas moins, selon les critiques, riche en idées et thématiques[4]. Les oiseaux apparaissent à plusieurs reprises, depuis les grues des vues de Phoenix et le nom de Marion (Crane, en anglais, signifie grue), jusqu'aux oiseaux que Norman aime à empailler[20]. Ce thème trouvera son apogée dans le film suivant d'Hitchcock, Les Oiseaux. D'autres motifs sont récurrents, comme l'opposition du noir et du blanc, qui évoque l'antinomie des contraires, ou la juxtaposition des verticales et horizontales, notamment dans le contraste entre la maison et le motel de Bates[20].
À l'époque où Alfred Hitchcock réalise Psychose, son apparition dans ses films est incontournable. On le voit ici attendant devant l'agence immobilière, coiffé d'un chapeau mou clair. Ce qui lui permet non seulement de se montrer dès le début du film (à la 7e minute, soit précisément à 6'18), mais aussi de figurer dans la même scène que sa fille, Patricia Hitchcock qui interprète Caroline, la collègue de Janet Leigh.
— Joseph Stefano, "The Making of Psycho"
Source: WikiPedia FR
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Anthony Perkins | Norman Bates |
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Vera Miles | Lila Crane |
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John Gavin | Sam Loomis |
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Janet Leigh | Marion Crane |
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Martin Balsam | Det. Milton Arbogast |
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John McIntire | Sheriff Al Chambers |
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Simon Oakland | Dr. Fred Richman |
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Frank Albertson | Tom Cassidy |
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Patricia Hitchcock | Caroline |
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Vaughn Taylor | George Lowery |
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Lurene Tuttle | Mrs. Chambers |
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John Anderson | California Charlie |
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Mort Mills | Highway Patrol Officer |
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Fletcher Allen | Policeman on Steps |
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Walter Bacon | Church Member |
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Prudence Beers | Extra |
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Kit Carson | Extra |
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Johnny Clark | Congregation Member |
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Francis De Sales | Deputy District Attorney Alan Deats |
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George Dockstader | Extra |
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George Eldredge | Police Chief James Mitchell |
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Harper Flaherty | Extra |
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Sam Flint | County Sheriff |
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Virginia Gregg | Norma Bates |
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Paul Gustine | Congregation Member |
Director | Alfred Hitchcock |
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Writer | Joseph Stefano, Robert Bloch | |
Producer | Alfred Hitchcock | |
Musician | Bernard Herrmann | |
Photography | John L. Russell |
Owner | Serge Algarotti |
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Quantity | 1 |
Seen | |
Added Date | Oct 08, 2016 14:00:33 |
Modified Date | Apr 13, 2019 18:29:24 |
Screen Ratios | Anamorphic Widescreen (1.85:1) |
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Audio Tracks | DTS Mono Dolby Digital 5.1 [Anglaise] DTS [Anglaise] DTS 5.1 [Espagnol] Dolby Digital Mono [Espagnol] Dolby Digital Stereo [Français] DTS [Italienne] Dolby Digital Mono [Allemande] Mono [Japonaise] |
Subtitles | Allemande | Anglaise | Cantonais | Espagnol | Français | Grecques | Hollandaise | Italienne | Japonaise | Portugaise |
Distributor | Universal Studios |
Layers | Single side, Dual layer |
Edition Release Date | Aug 16, 2010 |